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Marc Watkins, président Comité pour la modernisation de l’hôtellerie
Dans une récente longue lettre ouverte (NDLR. Voir extraits en encadré), Marc Watkins tire au bazooka sur Hervé Novelli.
Nous avons voulu en savoir plus sur son Comité, ses objectifs et ses actions.
Qui a pris l’initiative de créer ce Comité ?
C’est moi qui l’ai fondé suite à une conférence que j’avais donnée, voici 4 ans, à Paris, sur le thème « L’Hôtellerie française est-elle en
péril ? ». Ne voulant pas mettre mon cabinet de consultants en danger, car je savais qu’il y avait des messages musclés à faire passer, j’ai préféré créer une association dont j’ai accepté de prendre la présidence. Nous n’avons pas lancé de campagne de recrutement mais nous avons actuellement autour de 700 adhérents : hôteliers, chaînes volontaires, CDT, consultants, journalistes, etc.

Proposez-vous des services à vos adhérents ?
Certains l’espéraient mais notre rôle n’est pas de concurrencer les consultants. Nous voulons simplement appuyer là où ça fait mal, mettre en évidence les dangers que courent les hôteliers indépendants.

Et pas les chaînes intégrées ?
Elles sont assez fortes pour se défendre toutes seules. Certaines font du lobbying dans l’intérêt de tous, tel Pierre & Vacances, d’autres ne pensent qu’à eux, tel le groupe Accor. Je ne le lui reproche pas mais j’en veux à ceux, à l’échelon ministériel, qui favorisent ce lobbying égoïste, piétinant les autres, concurrents directs ou hôteliers indépendants.

Penser et agir pour tous, n’est-ce pas plutôt le rôle des dirigeants syndicaux ?
Ils sont, pour la plupart, arrogants et méprisants, ils ne progressent pas depuis des décennies ! Leur poujadisme, leur corporatisme, leur laxisme sont délétères pour l’avenir de l’hôtellerie française. Quant au ministre du Tourisme, si ses services sont sincères et concernés, lui fait des effets d’annonces, de l’auto-satisfaction, de l’auto-congratulation.

Vous semblez prendre plaisir à flinguer à tout va dans votre lettre !
Nous n’avons pas le choix. Nous ne pouvons féliciter les pouvoirs publics. Nous n’avons pas trouvé de vraies mesures prises pour soutenir la petite hôtellerie ni ses 27 millions de clients. Nous ne visons pas des hommes mais dénonçons un laisser-faire coupable, une responsabilité défaillante. Nous sommes une force de propositions, nous l’avons prouvé par les conclusions de notre Livre blanc.

N’êtes-vous pas condamnés à l’échec ?
Nous voulons au moins faire bouger les choses. Vous connaissez les 4 phases d’une nouveauté : d’abord on rejette l’idée, ensuite on s’y habitue, puis on se l’approprie et enfin on agit. Nous en sommes à la phase 3. Notre constat et notre discours se répandent.

D’autres tiennent déjà ce discours : André Daguin par exemple.
C’est un imposteur, il a toujours repris à son compte des idées venues d’autres responsables. Il n’a jamais compris qu’en défendant les consommateurs nous voulions assurer le futur de l’hôtellerie.

Président d’un cabinet d’études important, Coach Omnium, bien connu sur le marché depuis presque 20 ans, êtes-vous crédible et légitime à la tête du Comité ?
Je suis irréprochable. Je suis conscient que j’ai plus de coups à prendre que d’honneurs à recevoir ! On m’a reproché de mordre la main (l’hôtellerie) qui me nourrit. C’est ridicule, nous relevons ce qui ne va pas pour faire progresser l’hôtellerie, certainement pas pour lui nuire. Mon action me prend du temps, me coûte de l’argent à titre personnel.

Le Comité emploie-t-il des salariés permanents ?
Aucun, pour l’instant. Quand nous souhaitons monter une opération, dans l’intérêt général, nous devons trouver l’argent en sollicitant des partenaires. Nous ne disposons que d’une dizaine de milliers d’euros de cotisation, nous n’avons aucune subvention. Puis, nous mettons à la disposition de tous les professionnels et de la presse, gratuitement, le résultat de nos travaux. Nous ne vendons rien, nos documents peuvent être téléchargés.

Vous venez de publier une étude sur les attentes des clientèles. Combien a-t-elle coûté ?
Environ 50 000 €.

Qui l’a réalisée ?
Coach Omnium.

Vous avez donc encaissé 50 000 € pour votre société personnelle !
Ce sont des sommes trouvées par nous auprès d’une quarantaine de sponsors. Pourquoi les aurions-nous versées à un autre cabinet qui n’aurait pas été plus compétent que nous ? Pourquoi aurions-nous dû le faire bénéficier de nos bases de données accumulées au cours des années ? Cette étude ne nous a pas coûté d’argent, elle ne nous en a pas rapporté. Nous l’avons mise à la disposition du Comité sans qu’il lui en coûte 1 euro.

Ne peut-on vous reprocher de favoriser votre entreprise ?
Je revendique ce favoritisme à partir du moment où il ne lèse personne et surtout pas le Comité ! J’ai la prétention de penser que, pour réaliser une étude des attentes de la clientèle en matière d’hôtellerie, nous sommes les meilleurs…

Parlons de votre lettre dont nous publions de larges extraits. Vous êtes contre la 5e étoile, pourquoi ?
Nous ne sommes pas contre, nous disons que c’est un non-événement et que les normes retenues sont insuffisantes : un hôtel qui adopterait de tels services minimalistes n’aurait pas de client.

Vous trouvez stupide de chercher à faire dépenser plus par les touristes pendant leur séjour en France. Cela me semble pourtant une idée de bon sens !
Les calculs de base sont faux. On calcule une moyenne en y incluant ceux qui ne font que traverser notre pays. Ceux qui y séjournent consomment des prestations à prix plutôt élevé.

Ce qui n’empêche pas que l’on suggère trop peu de raisons de consommer à ceux qui ne font qu’aller du Nord Europe au Sud Europe sans s’arrêter !
Les gens n’ont qu’un désir : arriver le plus vite possible à leur destination finale.

Vous déplorez que tous les hôtels n’aient pas les moyens financiers de se moderniser. Mais est-il raisonnable de maintenir artificiellement hors d’eau ceux qui sont structurellement en déficit ?
C’est une question presque philosophique. Faut-il subventionner des hôtels pour qu’ils ne crèvent pas ? Non. Mais il faut leur donner un coup de main pour se relever, puis c’est à eux de jouer. On ne peut évidemment pas les « béquiller » pendant des années.

Vous ne pouvez être hostile à un label Qualité Tourisme !
Un label national, c’est légitime. Vous constatez quel effort je fais pour le reconnaître ! Mais je regrette que les référentiels soient ridiculement naïfs et que le label soit inconnu du grand public.

Vous tapez volontiers sur les pouvoirs publics. Ne vous trompez-vous pas de combat ? Ne serait-il pas plus efficace de convaincre les hôteliers de consentir les efforts indispensables ?
C’est ce que je fais depuis 20 ans ! Mais il faut leur donner un soutien qu’ils n’obtiennent pas. Notre lettre ouverte semble négative, elle exprime un ras-le-bol. Nous sommes frustrés, en colère. Nous aurions souhaité travailler, bénévolement, avec les pouvoirs publics, pour faire progresser l’ensemble de la profession hôtelière. Nous avons été rejetés.

N°42-43 - Hiver/Printemps 2010

¤ Le bloc-note stratégique
de Pierre Amalou
¤ Actualités
  Christian Mantéi, Directeur général Atout France
  Raoul Nabet, Président APS
¤ Métiers
  Denis Wathier, président du Directoire Thomas Cook France
  Patrice Caradec, président-directeur général Transat France
  Florian Vighier, Directeur général Marmara
  Philippe de Saint-Victor, directeur général AS Voyages (Afat/Selectour)
  Richard Vainopoulos, président TourCom
  Jean Korcia, Président GIE Manor
  Christian Schmitter, Président-directeur général de CroisiEurope
  Colette Viera da Silva, président-directeur général de Croisitour
  José Martinez, Président-directeur général Amplitudes
  Lionel Guérin, président-directeur général Transavia
  Emmanuel Foiry, président-directeur général Kuoni France
  Michel Thomas-Penette, Directeur Institut Européen des Itinéraires Culturels
  Marc Watkins, président Comité pour la modernisation de l’hôtellerie
¤ Destinations
  Un hôtel pour un forum
  Paul Roll, dg Office de Tourisme et des Congrès de Paris
  Thierry Baudier, Délégué général Club France Terre de tourisme
¤ Etudes
  Stratégie d’une catégorie de voyageurs
  Jean-François Minne, Président WTEA (World Tourism Experts Association)
  De voyageur amateur à voyageur expert

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